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L'Atelier des Collections

Restaurer, entretenir, confier à un pro

Étain terne ou oxydé : le nettoyer sans effacer son histoire

Un pichet gris, presque noir, sorti d'un grenier : avant de chercher l'éclat, mieux vaut savoir ce qu'on risque d'enlever. Voici comment je nettoie l'étain à l'atelier, dans quel ordre, et pourquoi je m'arrête souvent bien avant le brillant.

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Un pichet en étain terne et une assiette déjà un peu plus claire sur un établi, à côté d'un chiffon plié et d'un bol d'eau

Pour nettoyer l'étain, je commence toujours par le plus doux : de l'eau tiède savonneuse, un chiffon de coton, puis un séchage immédiat, et je m'arrête dès que la saleté est partie. La patine grise d'un étain ancien n'est pas de la crasse, et vouloir retrouver l'éclat du neuf sur une pièce ancienne revient souvent à effacer ce qui la rendait intéressante.

J'ai appris ça un mardi soir à l'atelier de réparation. Une dame avait posé sur l'établi un pichet presque noir, trouvé dans le grenier de ses parents. Je voulais lui rendre service. J'ai frotté trop longtemps le bec verseur, et le métal autour d'un petit poinçon a pris un aspect neuf, plat, qui jurait avec le reste. Le poinçon, lui, était toujours là. Il était juste devenu plus difficile à lire. Cette fiche fait partie de la vitrine Restaurer, entretenir, confier à un pro.

Avant de toucher au métal, regarder ce qu'on a

L'étain est un métal mou, gris, qui se raye au moindre contact. Les objets que je vois passer à l'atelier sont des pichets, des assiettes, des chopes, des plats, parfois une soupière. Beaucoup sont des alliages : l'étain ancien contenait souvent du plomb, ce qui explique qu'on ne s'en serve plus pour manger ou boire au quotidien. Je ne sais pas toujours dire quelle part de plomb contient une pièce, et je ne le devine pas à l'œil.

Avant de nettoyer, je fais trois choses. Je cherche les poinçons, souvent sous le fond ou près de l'anse. Je photographie la pièce sous tous les angles, dans son état d'arrivée. Et je regarde les zones fragiles : soudures, charnières de couvercle, fentes, bosses.

Si l'objet porte des poinçons d'étain lisibles, je les note avant toute chose. La lecture de ces marques fera l'objet d'une fiche de Monique sur les poinçons de l'étain. Elle procède de la même façon que pour les poinçons de l'argent : décrire d'abord, chercher ensuite.

Terne, oxydé, encrassé : trois états qui ne se nettoient pas pareil

Deux assiettes en étain côte à côte sur un établi, l'une grise et mate, l'autre plus claire après lavage
À gauche, l'assiette telle qu'elle est arrivée. À droite, la même série après l'eau savonneuse, sans rien de plus.

Un étain terne a perdu son éclat de surface. Il est gris mat, uniforme, et c'est le cas le plus fréquent. Un étain oxydé porte une couche plus sombre, parfois noire, parfois irrégulière, qui s'est formée lentement au contact de l'air et de l'humidité. Un étain encrassé, enfin, est simplement sale : poussière collée, graisse de cuisine, traces de doigts, dépôt de grenier.

Le troisième cas se règle presque toujours à l'eau savonneuse. Le premier aussi, en grande partie. Le deuxième est celui où l'on se trompe.

L'oxydation ancienne forme une sorte de peau sur le métal. Sur les pièces que j'ai eues entre les mains, elle restait dans les creux et sur le revers, et le relief ressortait plus clair aux endroits où les mains l'avaient usée pendant des générations. Cette différence de ton dessine l'objet. Si vous l'enlevez partout, la pièce devient uniforme, et on ne voit plus où elle a été tenue.

Ma méthode à l'atelier, dans l'ordre

Le nettoyage se fait toujours sur une table couverte d'un torchon épais, jamais au-dessus d'un évier en grès où la pièce peut tomber et se cabosser. L'étain marque au premier choc.

D'abord le dépoussiérage à sec, au pinceau, surtout dans les moulures. Ensuite le lavage à l'eau savonneuse tiède, au chiffon, sans appuyer. Dans les creux, le pinceau ou la brosse usée, par petits mouvements. Puis le rinçage à l'eau claire et le séchage, tout de suite, avec le second chiffon : l'eau qui sèche seule laisse des auréoles.

La pièce passe ensuite une nuit à l'air, à l'abri. Le lendemain, je la regarde à la lumière du jour. C'est là que je décide si j'arrête ou si je vais plus loin.

Aller plus loin, pour moi, veut dire frotter un peu plus longtemps les surfaces planes au chiffon sec, pour leur donner un éclat doux. Certains utilisent du blanc de Meudon, d'autres des produits de polissage pour métaux du commerce. Je n'en recommande aucun ici. Chaque produit a sa fiche de données de sécurité, qui dit comment s'en servir et s'en protéger, et c'est elle qui fait foi, pas moi. À l'atelier, nous ne les essayons que sur des pièces sans valeur, et jamais sur un poinçon.

J'ai aussi vu passer des recettes de grand-mère à base de vinaigre, de sel ou d'alcool. Je n'en donne pas les proportions et je ne les utilise pas sur une pièce ancienne. Le produit peut attaquer le métal plus vite qu'on ne le croit, et l'effet ne se rattrape pas.

Ce qui a raté, et quand je confie la pièce

Une chope en étain au couvercle désolidarisé posée sur un chiffon, près d'un étau flou

J'ai raté le pichet de la dame, je l'ai dit. Pas de dégât grave, mais une zone trop claire autour du bec, qui se voit encore. Depuis, je nettoie toujours une petite zone cachée en premier, sous le fond, et j'attends le lendemain pour la comparer au reste.

J'ai aussi cassé une charnière de couvercle sur une chope. Elle était déjà fragile, et je l'ai manipulée sans la soutenir pendant le séchage. Une soudure à l'étain demande un geste et un matériel que je n'ai pas, et la pièce est partie chez un artisan qui travaille les métaux.

La pièce part chez un atelier de restauration des métaux dans plusieurs cas : quand elle est fendue, déformée ou dessoudée ; quand elle porte une oxydation profonde avec des piqûres ; quand elle est ancienne et que la famille y tient ; quand on envisage de la vendre. Pour une pièce qu'on pense vendre, je ne nettoie presque rien. Celui qui l'estimera préfère voir l'objet dans son état, et la question de la valeur d'un étain ancien mérite une fiche à part.

L'entretien d'un étain qui vit dans la maison

Une fois la pièce propre, la question devient : comment nettoyer un étain qui reste exposé, sans recommencer tout le travail chaque année ? À la maison, mes deux assiettes en étain vivent sur une étagère de cuisine, et c'est l'endroit le plus ingrat qui soit. Vapeur, graisse, poussière collante.

Un coup de chiffon sec toutes les quelques semaines enlève la poussière avant qu'elle ne s'accroche. Deux fois par an, environ, elles passent à l'eau savonneuse tiède comme le premier jour, puis au séchage immédiat. Rien de plus. L'étain qu'on lave trop souvent ne brille pas davantage, il s'use.

Un étain d'exposition craint surtout l'humidité qui stagne. Une pièce posée contre un mur froid, dans une pièce peu chauffée, se ternit plus vite que la même pièce dans un salon sec. Avant de mettre en cause la méthode de nettoyage, je regarde où l'objet est rangé.

Dernière chose, que j'oubliais moi aussi : je ne range plus un étain enveloppé dans du papier journal pendant des années. L'encre et l'humidité du papier laissent parfois des marques. Pour un transport, le journal va très bien. Pour le stockage, un tissu de coton propre et sec vaut mieux.

Ce que je garde de cette pièce

Le pichet est reparti avec la dame, dans un journal plié. Elle était contente. Moi, je voyais surtout la zone claire autour du bec.

Elle m'a renvoyé une photo quelques semaines plus tard : la pièce sur son buffet, à côté d'une assiette en étain qu'elle n'avait pas osé apporter. L'assiette était grise, mate, avec des creux plus sombres. Elle était plus belle que mon pichet nettoyé. Depuis, au moment de choisir une méthode pour nettoyer l'étain d'une pièce ancienne, je pense à cette assiette, et je pose le chiffon plus tôt.

Ce qu'on me demande souvent

Peut-on mettre un objet en étain au lave-vaisselle ?

À l'atelier, on ne l'a jamais fait et je ne le ferais pas. L'étain est un métal mou, sensible à la chaleur et aux détergents puissants : le risque est de ternir ou de marquer la surface. Un lavage à la main à l'eau tiède savonneuse, puis un séchage tout de suite, suffit pour l'entretien.

Comment redonner de l'éclat à un étain très terne ?

Je commence par l'eau savonneuse et le chiffon, puis je décide pièce par pièce si je vais plus loin. Les produits de polissage pour métaux existent, mais chacun a sa fiche de données de sécurité et je ne m'en sers que sur des pièces sans valeur. Pour un étain ancien, je préfère un éclat doux qui garde la patine des creux.

Mon étain a des taches noires qui ne partent pas, que faire ?

Les taches profondes sont souvent une oxydation installée depuis longtemps, ou une ancienne réparation. Frotter plus fort use le métal autour. Si la pièce compte pour vous, je la montrerais à un atelier de restauration des métaux avant d'essayer quoi que ce soit.

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