# Lire la marque au dos d'une tomette : estampilles des tuileries et datation

> Estampille céramique au dos d'une tomette : ce que la marque de la tuilerie dit du lieu et de l'époque, ce qu'elle ne prouve pas, et comment la lire.

Publiée le 28 octobre 2026 · Fiche de Monique Ravel-Lacombe (https://www.easytom.fr/auteurs/monique-ravel-lacombe/) · Tomettes et céramique ancienne (https://www.easytom.fr/ceramique-tomettes/)

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## Ce que l'objet nous dit

- L'estampille d'une tomette est la marque imprimée au revers par la tuilerie : un nom, une ville, parfois un symbole ou une médaille d'exposition.
- Elle situe la fabrication dans un lieu et une période, jamais à l'année près, et une tomette sans marque n'est pas forcément plus ancienne.
- Un lot de récupération mélange souvent plusieurs tuileries : je relève chaque marque dans un carnet avant de conclure quoi que ce soit.

L'estampille céramique d'une tomette, c'est la marque que la tuilerie a imprimée au revers du carreau, en creux le plus souvent : un nom de fabricant, une ville, parfois un symbole ou le rappel d'une médaille gagnée à une exposition. Elle situe la fabrication dans un lieu et une période, mais elle ne date pas une tomette à l'année près, et une tomette muette n'est pas pour autant plus vieille que les autres.

Je l'ai appris à genoux, dans la cuisine du voisin que personne n'est venu réclamer. Le carrelage partait par plaques. J'ai retourné le premier carreau par curiosité, puis le deuxième, puis j'ai sorti la loupe. Cette fiche ouvre la vitrine [Tomettes et céramique ancienne](/ceramique-tomettes/), et elle raconte ma façon de lire ces marques, pas une science.

![Un carnet ouvert à côté de tomettes retournées, crayon posé dessus](https://www.easytom.fr/images/estampilles-tomettes-carnet-1600.jpg)

## Ce qu'on voit en retournant une tomette

Le revers d'une tomette raconte d'abord sa vie de sol. Restes de mortier gris ou ocre, terre, parfois une couche de chaux. Sous cette croûte, la matière elle-même : une terre cuite plus ou moins fine, rouge, rosée ou presque jaune selon l'argile et la cuisson.

La marque, quand il y en a une, se trouve en général au centre du revers. Je distingue trois cas.

- La marque en creux, imprimée dans l'argile encore molle par la presse ou par un tampon. C'est la plus fréquente sur les carreaux que j'ai eus en main.
- La marque en relief, plus rare chez moi, qui sort de la surface parce qu'elle était gravée en creux dans le moule.
- Le simple dessin sans texte : une étoile, une croix, des stries, un motif de quadrillage qui servait surtout à accrocher le mortier.

Ce dernier cas trompe souvent. Un quadrillage n'est pas une signature. Il dit comment le carreau a été fabriqué, pas par qui.

Dans un cartouche, on lit ensuite ce que la tuilerie voulait faire savoir. Un nom de famille, souvent précédé d'une initiale. Une ville ou un quartier. Parfois une ligne de plus : un mot comme « breveté », la mention d'une médaille, un symbole répété d'un carreau à l'autre comme une marque de fabrique.

## L'estampille, une habitude de potier bien plus ancienne que la tomette

Marquer l'argile n'a rien de nouveau. Les potiers de l'Antiquité qui fabriquaient la céramique sigillée, la terra sigillata des archéologues, imprimaient déjà leur nom dans le fond des vases. Le mot « sigillée » vient de là : un sceau dans la terre.

Les tuileries du dix-neuvième siècle ont repris le geste pour d'autres raisons. Une marque sur un carreau servait de publicité au chantier, de garantie d'origine pour l'acheteur, et parfois de preuve dans une querelle entre fabricants voisins. Je le dis avec prudence : ce sont les explications que donnent les ouvrages sur l'histoire des terres cuites que j'ai lus, pas des choses que j'ai vérifiées moi-même dans des archives.

Ce que j'en retiens pour la lecture : une estampille est un message commercial. Elle dit ce que le fabricant voulait montrer. Elle ne dit rien de ce qu'il voulait cacher, ni de la suite de l'histoire du carreau.

## Ma façon de lire une marque, du revers sale au carnet

Je ne lave jamais tout le carreau pour lire une marque. Je nettoie juste la zone utile, à sec d'abord, avec une brosse à poils durs, puis à l'eau claire si la croûte résiste. Aucun produit, aucun grattage au couteau sur la marque elle-même : la terre cuite s'écaille et on perd la lettre qu'on cherchait. Si vous comptez remettre le sol en état, Bastien racontera dans la vitrine sur l'entretien comment il nettoie des tomettes anciennes, c'est un autre travail.

Ensuite, la lumière. Une marque en creux usée se lit mieux en lumière rasante qu'en pleine lumière. Je pose le carreau près d'une fenêtre, ou je promène une lampe de poche très bas, presque à plat. Les lettres sortent de l'ombre une à une.

**À la loupe**

- Le carreau retourné sur un chiffon, jamais sur le carrelage d'à côté.
- Brosse sèche d'abord, eau claire ensuite, rien d'autre.
- Lumière rasante, de gauche puis de droite.
- Loupe de bijoutier pour les lettres, œil nu pour la forme du cartouche.
- Une photo du revers avec une règle posée à côté.
- Dans le carnet : ce que je lis, ce que je devine entre crochets, ce que je ne lis pas.
- Une ligne par carreau quand le lot mélange plusieurs marques.

Le carnet compte plus que la loupe. J'y sépare toujours ce que je lis vraiment de ce que je crois deviner. Sur une marque à moitié effacée, l'œil invente volontiers la lettre manquante, surtout quand on espère un nom connu.

Quelques jours plus tard, je relis mes notes à froid. Il m'est arrivé de corriger un « S » en « 8 », et une ville entière.

## Ce que l'estampille permet de dater, et ce qu'elle ne permet pas

C'est la question qu'on me pose le plus. La réponse honnête tient en peu de mots : la marque donne une fourchette, rarement une date.

| Ce que je lis au revers | Ce que ça indique | Ce que ça ne prouve pas |
|---|---|---|
| Un nom de fabricant et une ville | Le lieu de fabrication probable, et une piste pour chercher l'atelier dans les archives | Que la tomette a été posée dans cette région : les carreaux voyageaient |
| La mention d'une médaille d'exposition avec son année | Une fabrication postérieure à cette médaille | La date de fabrication du carreau lui-même |
| Un mot qui évoque la mécanisation de la tuilerie | Une production en série, à la presse | L'âge exact du sol où vous l'avez trouvée |
| Aucune marque, ou un simple quadrillage | Rien sur l'âge ni l'origine | Que la tomette est plus ancienne ou faite main |

Une médaille est l'indice le plus solide que je connaisse. Si une tuilerie rappelle sur ses carreaux une médaille obtenue telle année, le carreau ne peut pas être plus ancien que cette année-là. Il peut être bien plus récent, puisque les fabricants gardaient la même matrice longtemps.

Le nom et la ville servent surtout de point de départ. Je les cherche dans les archives départementales du lieu, dans les annuaires du commerce anciens que certaines bibliothèques ont numérisés, et dans les bulletins des sociétés savantes locales. Ces recherches prennent des soirées entières. Elles finissent parfois sur une date de fondation ou de fermeture de l'atelier, ce qui resserre la fourchette.

Les ouvrages sur la tomette marseillaise et provençale rappellent que Salernes, dans le Var, et la région de Marseille ont fourni une grande partie des carreaux hexagonaux vendus en France. Pourtant, dans l'Yonne, chez ce voisin, j'ai trouvé des tomettes hexagonales venues de loin. Comment sont-elles arrivées là ? Je ne sais pas. Le train, un artisan qui les avait rapportées, un lot de récupération posé plus tard : rien au revers ne permet de trancher.

## Les pièges que j'ai rencontrés avec des lots de récupération

![Une palette de tomettes de récupération, quelques carreaux retournés sur le dessus](https://www.easytom.fr/images/estampilles-tomettes-lot-1600.jpg)

Le premier piège, c'est le lot mélangé. Une palette de tomettes anciennes chez un récupérateur vient rarement d'un seul sol. Dans celle que j'ai triée pour une cousine, j'ai relevé quatre marques différentes et des dizaines de carreaux muets. Quand je vais acheter auprès d'un récupérateur de matériaux anciens, je retourne toujours quelques carreaux devant lui, au hasard, et je note ce que je vois.

Le deuxième, c'est la réédition. Des fabricants actuels produisent des tomettes à l'ancienne, parfois vieillies. Celles que j'ai vues n'imitaient pas les marques anciennes, mais je n'en ferais pas une règle : je n'ai pas tout vu.

Le troisième piège est plus intime. On a envie que la marque raconte une belle histoire. Un nom qui ressemble à celui d'une tuilerie réputée, et voilà qu'on lit ce nom partout. Le carnet, encore lui, protège de ça.

Dernier point, plus pratique : les faïences et les carreaux de céramique émaillée suivent d'autres règles. Leur marque se trouve parfois au revers, parfois sous la glaçure, parfois nulle part, et elle se lit avec d'autres répertoires. J'en parlerai dans une fiche à part sur les signatures de faïenciers. La logique reste la même que pour les [poinçons de l'argent français](/reconnaitre-dater/poincons-argent/) : décrire d'abord, chercher ensuite, conclure en dernier.

## Ce que je garde de cette pièce

J'ai gardé un seul carreau du sol du voisin. La marque a presque disparu sous des années de serpillière, l'eau a fini par traverser le mortier. On devine une initiale, le début d'un nom, une ville dont je ne lis que les trois dernières lettres.

Je ne connais toujours pas la tuilerie. Le carreau est sur mon bureau, retourné, à côté du carnet ouvert à sa page. Le jour où quelqu'un m'écrira avec la même marque au dos de son sol, on comparera nos deux revers, et peut-être qu'à deux on lira le nom en entier.

## Ce qu'on me demande souvent

**Toutes les tomettes anciennes portent-elles une estampille ?**

Non. Beaucoup de tomettes que j'ai retournées n'avaient rien au dos, ou une marque devenue illisible. L'absence de marque ne dit ni l'âge ni l'origine : elle oblige seulement à regarder ailleurs, la pâte, l'épaisseur, la façon dont le carreau a été moulé.

**Comment retrouver la tuilerie qui a fabriqué ma tomette ?**

Je pars du nom de la ville inscrit dans la marque, puis je cherche dans les archives départementales, les annuaires du commerce anciens et les publications des associations de patrimoine local. Les musées de la céramique et de la terre cuite répondent parfois aux questions précises, photo du revers à l'appui.

**Une estampille fait-elle monter la valeur d'un lot de tomettes ?**

Je ne parle pas de prix ici. Une marque lisible aide un acheteur ou un récupérateur à situer le lot, c'est tout ce que je peux en dire. Pour une valeur, demandez à un professionnel des matériaux anciens ou à une maison de ventes.
